


Ce soir retour de la plage et j’ai de plus en plus le sentiment que ma vie est un immense gâchis. Je vois des mecs qui s’embrassent sur le sable, d’autres qui sont en couples et moi je reste solitaire. C’est sur quand je réfléchis sur moi même, être obèse, enfin on va dire un mec trop gros suivant les canons codifiés du milieu gay, ce ne sera pas facile de lever un mec sympa, gentil, attentionné et viril. J’envie parfois les beaux mecs, ceux qui n’ont qu’à apparaître pour que le mec se retourne sur son passage. Il n’y a qu’à puiser et désigner l’élu… et ensuite le faire tourner en bourrique. Ce qui est curieux, c’est que même ces beaux mecs ont une forte propension à se maquer avec des boulets. Peut-être le résultat d’un rééquilibrage de la nature, c’est vrai que souvent elle est facétieuse. Donc je continue dans ce cercle infernal, je vois un mec qui me branche et lui je ne le branche pas et un autre mec me drague mais moi cela ne me branche pas. J’ai l’impression que ma vie sentimentale ressemble a des rails de chemin de fer. Je veux rejoindre la vie de couple de l’autre coté mais cela s’éloigne à chaque fois que je tente de m’en rapprocher. Jamais je n’ai trouvé un mec qui me dise, ok tope là, tu me plais, je te plais, essayons ensemble pour voir, je viens vivre avec toi pendant quelques temps, je me consacre à toi comme toi tu te consacres à moi et j’arrête d’aller voir ailleurs. Que me reste-t-il ? mes yeux bleus peut-être, il semblerait que cela captive certains mecs Une chose sure c’est que cela vieillira moins que le reste, j’ai même l’impression que mes yeux bleuissent avec l’age, quoique moi-même je ne les ai jamais vu bleus, sauf un reflet parfois. Et je vois autour de moi des couples gay qui se déchirent, qui se trompent, qui vivent mal quand ce n’est pas carrément l’enfer. D’ailleurs, je deviens la Macha Beranger des couples en perditions. Je vois tellement de mecs qui vivent ensemble pour ne pas rester seuls et tellement de mecs qui s’engueulent et ne se supportent plus, parfois je me demande si je ne suis pas un peu maso de chercher un mec. Je pense avoir raté ma vocation, j’aurai fait un excellent curé de campagne, en plus il faut rester célibataire, cela n’aurait été pas un problèmes quand je regarde ma vie passée. Maintenant je compte les années à l’envers depuis mes 42 ans. Étonnant ! car j’ai passé le cap de la quarantaine sans problèmes, je pensais être un cas, mais finalement je constate que je n’étais en retard que de quelques années (comme pas mal d’autres choses). Finalement, je n’ai eu que 3 grands amours dans ma vie. Le premier a donné le ton, puisque je suis tombé amoureux fou d’un mec qui lui n’en était pas. J’étais une nouveauté sans plus, mais je le remercie si il lit ces lignes. Il a fait attention au puceau que j’étais et ça je le porterai toujours dans mon cœur. Mon deuxième mec ? ce fut comme des aimants, on se repousse et l’on s’attire mutuellement. Rien ne nous liait, nos caractères, nos vies et pourtant dès que l’on se retrouvait, hop ! on se ressoudait immédiatement. C’est le mec dont je ne me suis jamais posé la question si je devais vivre avec. Je pense que dans la vie une personne vous est prédestinée et c’était lui. J’ai eu la chance de le rencontrer. Il était motard, le look loubard, très grand, pas un pet de muscles et encore moins sportif, mais viril, une gueule de bo mec, une foule de nanas qui gravitaient autour, bref le macho italien en pleine puissance. La première fois il me faisait peur, c’était une rencontre de minitel, un plan bze par dépit avec un hétéro marié. Un mauvais plan et aucuns sentiments, une rencontre bâclé et un au revoir rapide. Et pourtant le destin n’as rien lâché. Le hasard s’en est mêlé, il m’a forcé à rentrer dans sa vie et lui a découvert une autre façon d’aimer un mec. Depuis 1997 on a été comme deux balanciers, à se rejoindre puis se renier. Et le hasard nous recroisait, encore et encore, jusqu’à son décès… Il a vécu trop vite, il en voulait trop, ne s’écoutait pas et son corps l’a abandonné. On ne se reverra plus. Il me reste des souvenirs, maintenant fugaces, mais toujours intenses. Et mon troisième mec ? et bien je ne vais pas le décrire ici pour garder le suspense.
Voila, je me sens vieillir et je suis de plus en plus mal coté à l’argus des célibataires, c’est un fait et je le reconnais. Je ne me rappelle pas le nom du poète, mais il avait une réflexion que j’ai toujours trouvé réaliste : quand on est un homo, il vaut mieux s’habituer à vivre seul. Ce qui me fait le plus peur, c’est qu’un jour je ne puisse plus m’assumer. Pourvu que je conserve la santé jusqu’à la fin, car je sais que je n’aurai personne pour m’aider à ce moment. Enfin on verra… car la vie peut se terminer très rapidement, d’un coup brusque, comme ce soir, cela aurait pu être l’instant… un con sur une petite route en forêt, qui roule à fond, trop vite, beaucoup trop vite, il est pressé, il ne pense qu’à lui, dans un virage il me voit de face mais il est au milieu de la route, ça ne passe pas cette fois-ci, c’est rapide, il freine, se mange une bonne partie du bas coté, juste un instant, une seconde, mais c’est passé et j’ai vu ce gros caillou arriver sur moi, il a frappé le pare-brise, un bruit sec, ça a morflé et dans le rétroviseur, la poussière du bas coté, les restes d’une furie.
Ce n’était pas une bonne journée, je n’aurai pas du aller à la plage.

